Dons d’arbres fruitiers, protection des animaux, reboisement et sensibilisation contre l’avancée du désert : Hadja Mariama Bah mène depuis plusieurs années des actions en faveur de la protection de l’environnement en Guinée. Installée en Europe, elle profite de ses séjours au pays pour accompagner les populations et défendre la préservation des forêts, des espèces locales et des sources d’eau.
Après plusieurs expériences professionnelles et associatives, elle poursuit aujourd’hui son engagement aux côtés des communautés et en collaboration avec les services de l’État. Dans cet entretien accordé à Wuro-info.com, elle revient sur son parcours, ses actions de terrain et son combat pour préserver l’environnement pour les générations futures.
Un parcours professionnel de Hadja Mariama Bah au service des communautés
Wuro-info.com : Je vous laisse le soin de vous présenter.
Hadja Mariama Bah : Je m’appelle Hadja Mariama Bah.
J’ai commencé ma carrière comme secrétaire entre 1975 et 1980. Par la suite, j’ai créé une entreprise spécialisée dans le BTP. J’ai également fondé une association dédiée à la lutte contre la pauvreté.
Par ailleurs, j’ai mis en place une société d’électrification rurale appelée EDT Électrification de Donghol Touma.
Aujourd’hui, je consacre principalement mon temps aux activités de mon association de lutte contre la pauvreté. Depuis près de 25 ans, nous travaillons avec le ministère de la Santé ainsi qu’avec Alcoa à Boké.
En parallèle, nous collaborons avec le ministère de l’Environnement dans le cadre de campagnes de reboisement. Nous fournissons notamment des plants fruitiers aux paysans.
Protection de l’environnement : préserver les forêts pour les générations futures
Avec le ministère de l’Environnement, nous mettons également en œuvre des zones de mise en défens. Cette démarche consiste à sensibiliser les populations sur l’importance de préserver les arbres et de protéger les forêts.

Nous distribuons des arbres fruitiers aux paysans. Lorsqu’ils les protègent correctement, ces arbres produisent des fruits, procurent de l’ombre et contribuent au maintien d’un environnement favorable.
Cependant, si nous ne prenons pas les mesures nécessaires face à l’avancée de la sécheresse, les nouvelles générations risquent de ne connaître certains de nos arbres qu’à travers les livres. La chaleur pourrait alors devenir encore plus difficile à supporter.
Grâce à l’appui du ministère de l’Environnement, nous bénéficions d’un accompagnement dans nos actions en faveur de la protection de notre environnement.
Le ministère a notamment lancé une nouvelle politique de mise en défens. Cette approche permet d’expliquer aux populations pourquoi il est indispensable de préserver les arbres hérités de nos ancêtres afin d’éviter leur disparition.
Hadja Mariama Bah engagée pour la protection de l’environnement et la sauvegarde des espèces locales
Aujourd’hui, lorsqu’on observe les plantations, on constate que les acacias et les tecks occupent une place importante. Pourtant, en dehors de l’ombre qu’ils procurent, ces arbres ne répondent pas nécessairement aux mêmes besoins que nos espèces locales.
De plus, certaines espèces introduites ne cohabitent pas toujours correctement avec la végétation traditionnelle.
Si nous ne faisons pas attention, un jour, nous montrerons à nos enfants des arbres comme le Telly, le Netee, le Koura ou le Booto uniquement dans des livres. Ils pourraient alors grandir sans jamais les avoir vus dans leur environnement naturel.
Nous avons donc tout intérêt à préserver nos espèces locales. Leur conservation représente un enjeu majeur pour notre avenir.
Une responsabilité collective pour protéger les forêts
Lorsque vous observez nos forêts, vous comprenez immédiatement l’importance de la mise en défens. Le gouvernement, les populations, les ONG et les bénéficiaires doivent parler d’une même voix.
En travaillant ensemble, nous pouvons créer et préserver de véritables espaces forestiers.
Une forêt peut être conservée pendant 20, 30 voire 40 ans sans que les arbres soient systématiquement coupés. Pourquoi ? Parce que les acacias et certaines autres espèces introduites ne répondent pas à tous les besoins de notre écosystème.
Nos animaux se nourrissent notamment des fruits produits par nos arbres locaux. Par conséquent, lorsque nous protégeons ces espèces, nous préservons également la faune.
La forêt reste alors productive et ses fruits profitent aussi bien aux populations qu’aux animaux.
La disparition des animaux menace aussi l’équilibre naturel

Autrefois, nos forêts étaient tellement denses qu’il était difficile de voir loin. Même un enfant pouvait hésiter avant de les traverser. Aujourd’hui, cette réalité a largement disparu.
Si nous observons attentivement la situation, plusieurs espèces de singes, notamment les « bandos » et les chimpanzés, ont disparu de certaines zones à cause de l’abattage des arbres.
Ces animaux ont aussi droit à la vie. Ce sont des créatures de Dieu. Nous devons donc leur laisser des espaces où ils peuvent vivre. Pour cela, nous devons protéger les arbres fruitiers dont ils se nourrissent.
Aujourd’hui, il est devenu difficile d’apercevoir certains singes. Ils ont quitté leur habitat parce que les arbres fruitiers ont été détruits.
Plus inquiétant encore, beaucoup de jeunes ne savent même pas que ces animaux existaient autrefois dans leur environnement.
Même les vers ont leur utilité dans la nature. Chaque élément joue un rôle dans l’équilibre de l’écosystème.
Hadja Mariama Bah et la restauration des têtes de sources
Les têtes de sources s’assèchent aujourd’hui dans plusieurs zones. C’est pourquoi le gouvernement a lancé un programme destiné à restaurer ces espaces essentiels.
Beaucoup de personnes souhaitent planter des arbres. Cependant, toutes les espèces ne conviennent pas aux têtes de sources.
Certaines peuvent contribuer à assécher les sols, tandis que d’autres favorisent la conservation de l’eau. Il est donc essentiel de bien connaître les espèces avant de les planter.
Parmi les arbres qui peuvent contribuer à protéger les têtes de sources, nous pouvons citer le Gobi. Le Garka Saki est également présenté comme une espèce favorable au maintien de l’eau.
Il faut donc sensibiliser les populations afin qu’elles comprennent que le choix d’une espèce végétale ne doit jamais se faire au hasard.
Protéger les terres tout en préservant l’environnement
Les populations doivent également comprendre que le gouvernement n’est pas là pour leur confisquer leurs terres. Au contraire, son objectif est de les accompagner dans la protection des ressources naturelles.
Après 20, 30 ou 40 ans, les arbres atteignent leur maturité. Une partie peut alors être exploitée, tandis qu’une autre peut être replantée.
C’est d’ailleurs ainsi que nos parents géraient autrefois les forêts : ils exploitaient certaines ressources tout en assurant leur renouvellement.
Sous le régime de Sékou Touré, lorsqu’un enfant naissait, on plantait un arbre. Cette pratique constituait une véritable tradition. Malheureusement, elle a progressivement disparu.
C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles nous constatons aujourd’hui une hausse importante de la chaleur.
« Notre survie dépend des arbres »
Nous devons prendre conscience que notre survie dépend directement des arbres.
Si nous les protégeons, nous bénéficierons d’un air plus pur, de meilleures récoltes et d’un environnement sain. En revanche, si nous continuons à détruire notre environnement, nous finirons par nous retrouver sans protection.
Dans le cadre de notre programme, nous prévoyons également de rencontrer les fabricants de briques. Leur activité peut contribuer à la dégradation des sols et de l’environnement.
Après avoir prélevé la terre, certains repartent sans restaurer les sites exploités. Nous leur demanderons donc de replanter des arbres pendant l’hivernage.
Après la restauration des sites, ces espaces ne devraient plus être utilisés pour fabriquer de nouvelles briques.
L’exploitation aurifère représente également une menace. Les chercheurs d’or peuvent dégrader les rivières et perturber les écosystèmes.
De leur côté, les producteurs de charbon de bois participent également à la destruction du couvert végétal.
Tous ces acteurs doivent être rencontrés par les ONG afin d’organiser des séances de sensibilisation et de rechercher des solutions adaptées.
Je ne cesserai jamais de remercier le ministère de l’Environnement, notamment à travers la Direction nationale de la FECAM ainsi que la Direction nationale des Eaux et Forêts, pour les efforts considérables qu’il fournit en faveur de la protection de l’environnement et pour son soutien à nos actions de sensibilisation.
Hadja Mariama Bah : des arbres fruitiers distribués dans plusieurs villages

Wuro-info.com : Avez-vous obtenu des résultats depuis que vous êtes sur le terrain ?
Hadja Mariama Bah : Évidemment. Nous avons distribué des plants dans plusieurs villages.
Nous sommes intervenus à Donghol Touma, puis à Koula Mawdhé. Cette année, nous nous préparons à intervenir à Dubréka.
Nos dons sont essentiellement composés d’arbres fruitiers. Nous avons également distribué des espèces d’arbres sauvages à Koula Mawdhé et nous poursuivons nos campagnes de sensibilisation.
Wuro-info.com : Revenez-vous vérifier ce que sont devenus ces arbres ? Sont-ils bien protégés ?
Hadja Mariama Bah : Oui. Nous distribuons des arbres aux mosquées et aux populations.
Un oranger coûte entre 30 000 et 40 000 francs guinéens. Tout le monde n’a pas les moyens d’en acheter. Il en est de même pour les plants de manguiers, notamment les manguiers greffés.
Lorsque nous offrons ces plants, les bénéficiaires sont très heureux. En général, la personne qui reçoit un arbre le met en terre, l’entretient et veille à sa protection.
Nous insistons également sur la nécessité de clôturer les plantations afin d’empêcher les animaux domestiques de détruire les jeunes plants.
Nous encourageons aussi les bénéficiaires à installer des grillages pour renforcer la protection des arbres.
Créer des modèles dans les communautés avec Hadja Mariama Bah
Wuro-info.com : Pensez-vous que, dans dix ans, les personnes qui reçoivent ces plants pourront devenir des modèles en matière de protection de l’environnement ?
Hadja Mariama Bah : C’est précisément notre objectif.
Actuellement, nous travaillons à la création d’une Union des ONG engagées dans la lutte contre la dégradation de l’environnement.
Nous sommes en train de finaliser le règlement intérieur. Si tout se passe bien, il devrait être prêt d’ici une semaine.
Une fois cette Union créée, nous installerons des antennes dans toutes les préfectures et sous-préfectures du pays.
Nous pourrons ainsi organiser de grandes campagnes de sensibilisation à l’échelle nationale.
Avec des représentants dans toutes les préfectures et sous-préfectures, nous serons mieux organisés pour poursuivre durablement notre combat en faveur de la protection de l’environnement.
L’expérience européenne au service de la préservation des arbres
Wuro-info.com : Vous avez vécu à l’étranger, notamment en Europe. Vous connaissez les effets du réchauffement climatique. Beaucoup d’enfants qui grandissent à l’étranger ne découvrent certains arbres qu’à travers les livres. Pensez-vous qu’un jour ils viendront découvrir l’héritage laissé par leurs parents ?
Hadja Mariama Bah : Oui, c’est possible, car beaucoup d’entre eux souhaitent revenir. Ils sont curieux de découvrir leur pays et leur patrimoine naturel.
Là-bas, nous avons également créé une autre ONG dénommée ADAKA. Elle a pour mission d’accompagner les migrants, notamment en facilitant la régularisation de leurs documents administratifs.
Nous souhaitons également intégrer à cette structure un volet consacré à la protection de l’environnement.
En Europe, les populations connaissent la valeur des arbres. Même pour couper une simple branche, il faut parfois obtenir une autorisation.
C’est une approche que nous aimerions également intégrer dans les statuts de notre ONG.
Quel appel pour renforcer la protection de l’environnement ?
Wuro-info.com : Quel appel lancez-vous ?
Hadja Mariama Bah : Les difficultés existent.
Au début, les populations avaient du mal à comprendre que notre mission n’était pas de leur confisquer leurs terres. Cette incompréhension nous a créé beaucoup de difficultés.
Il y a également le problème des feux de brousse. Nous sensibilisons les populations contre cette pratique. Pourtant, dès que nous quittons certains endroits, des personnes remettent le feu.
Cela nous fait énormément de mal, car tous nos efforts peuvent ainsi être réduits à néant.
Certaines personnes pensent encore que nous sommes venues pour leur prendre leurs terres. Pourtant, c’est tout le contraire. Nous sommes là pour les accompagner.
Lorsque nous leur proposons de reboiser une partie de leur domaine afin de créer une forêt, certains restent méfiants.
En revanche, lorsqu’il s’agit de distribuer des arbres fruitiers, ils les acceptent volontiers parce qu’ils savent qu’ils pourront en tirer des bénéfices.
Mais dès que nous parlons de protéger une forêt, la situation devient plus difficile. Certains pensent que nous cherchons à récupérer leurs terres.
Nous ne voulons pas faire intervenir la force publique. Nous privilégions plutôt le dialogue afin que chacun comprenne une chose essentielle : la protection de l’environnement est dans l’intérêt de tous.
Préserver aujourd’hui pour transmettre demain
La protection des forêts, des animaux, des sources et des espèces locales ne peut pas reposer sur un seul acteur. Elle nécessite l’engagement des autorités, des ONG, des communautés, des agriculteurs, des éleveurs et de tous les citoyens.
Préserver un arbre aujourd’hui, c’est protéger une source d’ombre, de nourriture et d’air pour demain. Protéger une forêt, c’est également préserver l’habitat des animaux et maintenir l’équilibre de la nature.
Le défi consiste désormais à transformer la sensibilisation en actions durables afin que les générations futures puissent encore découvrir, dans leur environnement naturel, les richesses forestières que leurs parents ont connues.


