Prince Abdourahmane Barry, une mémoire vivante du Fouta théocratique
L’histoire d’Abdourahmane Barry, prince du Fouta théocratique déporté aux États-Unis durant la traite négrière, continue de marquer les mémoires. Connue sous le titre « Un prince parmi les esclaves », cette histoire met en lumière un destin hors du commun, entre résistance, dignité et quête de liberté.
Cette initiative est portée par l’Ambassade des États-Unis en Guinée, en partenariat avec la Maison de l’Oralité et du Patrimoine Koumakan. Après la projection d’un document illustré sous forme de bande dessinée, des conteurs ont captivé un public attentif et conquis. Mamadou Sadio Baldé revient sur cet événement à forte portée historique et culturelle.
Prince Abdourahmane Barry, figure historique du Fouta théocratique
Avant tout, il faut rappeler le contexte historique. Abdourahmane Barry est le fils de l’Almamy du Fouta, Ibrahima Sory Mawdo, au XVIIIᵉ siècle. Jeune prince, il est envoyé par son père à la tête d’une troupe pour réprimer des rebelles qui attaquaient les commerçants sur la côte.
Cependant, cette mission marque un tournant dramatique. Abdourahmane est capturé, puis déporté loin de sa terre natale.
De la capture à l’esclavage aux États-Unis
Le voyage se révèle long et éprouvant. Néanmoins, le jeune prince survit à l’épreuve. Il arrive finalement aux États-Unis, où il est vendu comme esclave.
Intellectuel, fin lettré et parfait connaisseur du Coran, Abdourahmane n’accepte jamais sa condition. Pendant un temps, il tente de fuir. Toutefois, contraint par la réalité, il se résigne sans jamais renoncer à son rêve de liberté.
Quarante ans de lutte pour la liberté
Malgré l’épreuve, l’espoir ne le quitte pas. Après quarante années d’esclavage, Abdourahmane obtient finalement sa liberté, grâce à l’intervention des autorités marocaines et américaines.
Cependant, le retour tant espéré à Timbo, sa ville natale, ne se réalisera jamais. Le prince décède au Libéria, où il avait été ramené avec d’autres esclaves affranchis. Son parcours reste néanmoins un symbole puissant de résistance et de dignité humaine.
Une histoire à transmettre aux nouvelles générations
Pour Alexander Hunt, chargé des affaires publiques à l’Ambassade des États-Unis en Guinée, cette histoire mérite d’être préservée et transmise. Présent à l’événement, il estime qu’elle illustre une lutte universelle pour la justice, la liberté et l’égalité.
Selon lui, ce récit doit être connu aussi bien en Guinée qu’aux États-Unis, notamment dans le sud américain, région fortement marquée par l’histoire de l’esclavage.
La force du conte et de l’oralité
Par ailleurs, la prestation du conteur Petit Tonton a profondément marqué le public. Orateur talentueux, il a su mêler sonorités africaines, voyage musical et récit historique.
Pour lui, ce spectacle revêt un caractère particulier. Il s’inscrit pleinement dans la mission qu’il s’est fixée : valoriser la culture et le patrimoine africains à travers l’oralité.
Une mémoire partagée entre la Guinée et les États-Unis
Présent également à l’événement, Alpha Amadou Barry, descendant de la famille de Timbo, se dit fier de voir cette histoire vécue être partagée avec les nouvelles générations. Selon lui, cette mémoire commune renforce les liens entre les deux pays.
D’ailleurs, à plusieurs reprises, des membres de la famille du prince Abdourahmane Barry ont effectué des voyages dans le sud des États-Unis, sur les traces de cette histoire douloureuse mais essentielle à transmettre.
Ainsi, l’histoire du prince Abdourahmane dépasse le cadre d’un simple récit historique. Elle incarne une mémoire vivante, un pont entre les peuples et un rappel nécessaire des valeurs universelles de liberté, de justice et de dignité humaine.


